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"Le Cuba de Castro" : Fidel entre deux îles

Dans la déferlante d’articles, analyses et ouvrages consacrés récemment à Cuba et sa Révolution, ses "retrouvailles" avec les USA et les dix ans d’éloignement formel du désormais nonagénaire Fidel Castro, celui du photoreporter américain Lee Lockwood constitue sans doute un cas à part.

15 août 2016, par Eduardo Olivares Palma
"Une conversation avec Castro est une expérience extraordinaire, mais aussi extrêmement déroutante tant qu’on n’y est pas habitué" (L. Lockwood)

C’est, à l’image de celui à qui il est consacré, un ouvrage démesuré et, à plusieurs égards, unique. Edité par les très "chics" éditions Taschen, qui nous avaient habitué plutôt aux ouvrages bien soignés sur l’oeuvre de Van Gogh ou le mythe Marilyn Monroe, Le Cuba de Castro est, plus qu’un énième "beau livre", un savant mélange aux accents politiques et historiques, des (belles) photos et des récits de Lee Lockwood et des propos d’un Líder máximo qui, après quelques hésitations, finira par se prendre au jeu d’une interview fleuve qui laissera...25 heures d’enregistrements à mettre en forme.

« Votre lettre était excellente, vraiment excellente ; J’ai repensé à vous, au genre de personne que vous êtes, et j’ai décidé d’avoir cet entretien, non pour moi-même, mais pour vous, parce que vous essayez de faire un travail honnête... »," lance, fin juillet 1965, Fidel Castro au photographe et journaliste qui l’attend à La Havane depuis le mois de mai. En désespoir de cause, celui-ci avait pris la décision de rentrer aux Etats Unis. Mais, auparavant, il lui avait fait parvenir une lettre. Comme un bouteille à la mer.

Lockwood et Fidel lors d’un précédent séjour dans l’île (1964)

Les possibilités d’un île

Voici donc le reporter dans les valises du leader cubain et son cercle de proches qui, après les célébrations du 26 juillet et leur cortège de manifestations et délégations étrangères à rencontrer, decident de prendre quelques jours de vacances à la Isla de Pinos. "Pour Castro, grand amateur de sports, chasse et pêche sont les principales attractions de l’île" écrit Lockwood qui évoque aussi l’avertissement de Castro : « vous pouvez séjourner chez moi , venir à la pêche ou à la chasse avec nous, prendre des photos si vous le souhaitez. Mais (...) quand je vous regarde je ne dois pas sentir une pression et me dire : mince il attend son entretien.... ».

C’est pourtant Fidel lui-même qui, à l’issue de la première séance de travail, lui lance : « je vois maintenant que nous allons avoir besoin de beaucoup plus de temps . Il y a beaucoup de sujets à aborder. Je crois que vous devriez prévoir de rester une semaine de plus... »

En mai 1966, Fidel Castro corrige de sa propre main, page par page, le manuscrit préparé par Lockwood

C’est ainsi qu’a démarré la rencontre dont le fruit vit le jour pour la première fois en 1967 sous le titre de Castro’s Cuba, Cuba’s Fidel. La revue des livres du New York Times la qualifia à l’époque comme « un ouvrage particulièrement surprenant pour le lecteur qui n’a jamais vu la réalité de Cuba... qu’à travers le prisme déformant de la propagande ».

Au coeur de la guerre froide

Il n’en reste pas moins qu’en ces jours-là tout le monde ne partageait pas l’avis du prestigieux journal et bien d’Américains considéraient que la « fascination » de Lockwood pour le « dictateur communiste cubain » était déplacée voire carrément attentatoire aux intérêts des États Unis. Tout en soutenant que Castro est à son avis, l’une des figures les plus fascinantes et les plus influentes de la scène politique mondiale actuelle", Lockwood avait rétorqué que « puisque nous n’aimons pas Castro nous fermons nos yeux et nous nous bouchons nos oreilles. Pourtant, s’il est vraiment notre ennemi, s’il est aussi dangereux pour nous qu’on le dit, il me semble que nous devrions nous informer autant que possible à son sujet. Que l’on soit d’accord ou non avec ses idees, la meilleure façon de tenter de comprendre un homme est d’écouter ce qu’il a à dire »", martelait encore Lockwood.

C’est sans doute cette conception du journalisme, tout comme la qualité de son travail de photographe, qui auront permis à l’écrivain, journaliste et réalisateur américain Saul Landau d’écrire en 2011 qu’avec Le Cuba de Castro « Lee a signé le meilleur livre écrit - à ce jour - sur l’essence de cet homme et de sa révolution ».

Sous la veranda de la maison d’Isla de Pinos, Fidel et son assistante personnelle, Celia Sánchez (1965)

Le Cuba de Castro. Textes et photographies de Lee Lockwood. Présentation et postface de Saul Landau. Editions Taschen. Relié, 25,5 x 34 cm, 368 pages. 49,99 euros.


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