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Oscar Castro : je veux que tu restes ma belle française...

Dans ce premier témoignage d’un Chilien sur ses amis français, l’acteur et directeur du théâtre Aleph, Oscar Castro, parle de la solidarité reçue « au fin fond du camp de concentration » où l’avait enfermé la dictature.

8 septembre 2013

par Oscar Castro

« France, au milieu de tout ce bazar, je te demande de rester française, tu m’entends ? Oui, une France, ni américanisée, ni policière, une France qui respire… qui soit celle que tu as été dans tes campagnes et dans tes villages ; verger d’oiseaux et d’individus, humanité simple et naïve, refuge des hommes persécutés. Redeviens celle que nous aimons, celle des hommes comme nous, celle de la terre comme la nôtre... C’est ce que je veux, que tu restes ma belle française ». (Texte de notre grand poète)

C’est cette France-là qui nous a accueillis il y a quarante ans, le pays des droits de l’homme et depuis lors nous y avons fait des enfants qui se sont mariés et nous ont donné des petits-enfants qui nous appellent Papy et Mamie.

Nous, les grands-parents chiliens (les « tatas »), avons été transformés par l’amour que nous avons toujours ressenti de la part de cette France, notre mère adoptive, celle qui a donné un nouveau sens à notre vie et à nos luttes qui, en définitive, sont les mêmes pour tous les peuples, ces luttes qui nous parlent de « liberté, égalité et fraternité ».

Comment ne pas avoir ressenti cette fraternité en recevant au fin fond du camp de concentration une lettre signée par plus de quatre-vingt-dix intellectuels qui demandaient ma libération. La liste commençait par Aragon et on y voyait défiler les noms d’Ariane Mnouchkine, de Pierre Barouh, Michel Piccoli, Pierre Richard, Claude Lelouch et tant d’autres qui exigeaient la libération immédiate de ce "grand artiste" que personne ne connaissait.

Des années plus tard, j’ai eu l’occasion de jouer dans un film avec Michel Piccoli et Pierre Richard. Lors d’un déjeuner j’évoquais l’histoire de cette lettre. Michel Piccoli me dit en me regardant avec une certaine fierté : « Je ne savais pas que signer ce genre de pétition servait à quelque chose ». Pierre Richard, tout en me regardant, répondit à Piccoli : « Moi, si j’avais su, je n’aurais jamais signé cette lettre ».

Le Théâtre Aleph a vécu tant de démonstrations de solidarité qu’il serait impossible de nommer tous ceux qui ont participé à cette aventure. Mais je ne peux oublier Danielle Mitterrand et Anne Lamouche, ni mon frère ce « grand diplomate à Santiago », Roland Husson, qui a sauvé tant de vies, dont la mienne. C’est grâce à lui que je peux écrire aujourd’hui ces quelques mots.

Oui, ma France : continue d’être « celle que nous aimons, celle des hommes comme nous, celle de la terre comme la nôtre... C’est ce que je veux, que tu restes ma belle française ».

Oscar Castro.


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